Une association de victimes du médicament Propecia envisage une action judiciaire


Cette pilule «miracle», prescrite à 30 000 hommes et connue pour bloquer l’action de la testostérone, est sur la sellette.  LP/Carol Amar.

Le Parisien|Elsa Mari|08 novembre 2017

Ce traitement anti-calvitie est soupçonné de provoquer de nombreux effets secondaires.

C’est une première dans l’Hexagone. Les victimes françaises du Propecia sont actuellement en train de se mobiliser contre ce médicament anti-calvitie, responsable de nombreux effets secondaires. 

«On réfléchit à une action judiciaire contre le laboratoire Merck», annonce au Parisien/Aujourd’hui en France, Charles Joseph Oudin, avocat d’Aide aux victimes du finastéride, première association française, lancée fin septembre. «Nous regroupons une dizaines d’hommes et de familles. Certains souffrent d’impuissance sexuelle irréversible, d’autres ont fait des tentatives de suicide, souligne l’avocat. On veut aussi que des expertises soient lancées pour établir le lien de causalité entre le Propecia et ces effets secondaires». 

Cette pilule «miracle», prescrite à 30 000 hommes et connue pour bloquer l’action de la testostérone, est sur la sellette. Fin octobre, l’agence du médicament a lancé une alerte sur les risques liés au finastéride, molécule active du Propecia. «Des cas de dépression et d’idées suicidaires nous ont été signalés en plus des troubles sexuels, déjà connus. Le principe de précaution s’applique», explique la docteur Caroline Semaille, directrice des médicaments antiinfectieux, en hépato-gastroentérologie et en dermatologie à l’ANSM.

Des signalements rarissimes de cancers du sein

Le message est clair : en cas de symptôme psychiatrique, les hommes doivent arrêter immédiatement ces comprimés et consulter le plus vite possible un médecin. L’agence vient d’ailleurs d’en informer les professionnels de santé ce mercredi, à l’occasion d’une réunion avec le Collège national des médecins généralistes. Des signalements rarissimes de cancers du sein chez l’homme ont aussi été signalés dans le monde. 

«Les pays scandinaves sont chargés de faire une étude pour l’Europe. Ils devraient rendre leurs conclusions d’ici à 2019», nous a annoncé la docteur Semaille. Cette mise en garde de l’ANSM intervient alors que l’Agence européenne du médicament vient de rallonger, en juin, la liste des effets indésirables de la notice du Propecia commercialisé par Merck. Le laboratoire, contacté, n’a pas donné suite à notre demande. Il faut dire que la polémique sur ce produit ne cesse pas d’enfler. Déjà, en 2012, une action de groupe contre ce médicament était lancée aux Etats-Unis. Une centaine de Français dénonçaient aussi des graves troubles sexuels, parfois irréversibles. «Si c’était moi, je n’en prendrais pas», indiquait, dans nos colonnes, François Desgrandchamps, chef du service d’urologie à l’hôpital Saint-Louis, à Paris.